Congrés IFPRA Europe juin 2005

Répondant à l’invitation de Werner KOCH, Directeur des Espaces Verts de STUTTGART et de Torgeir SORENSEN, Président d’IFPRA Europe, nous nous sommes rendus à STUTTGART et à MUNICH les 24 et 25 juin 2005.

STUTTGART, capitale de Bade-Wurtemberg, est une ville industrielle qui compte environ
600 000 habitants. Elle est traversée par le fleuve Neckar, affluent du Rhin, dont les coteaux sont couverts de vignobles.
STUTTGART est la capitale allemande de l’automobile : Mercedes, Daimler… Bosch et Siemens y ont également leurs usines. La ville a été détruite à 60 % pendant la dernière guerre. STUTTGART est reliée au réseau fluvial européen, elle dispose d’un aéroport international, c’est une ville universitaire et une capitale culturelle et économique.
Elle est jumelée avec STRASBOURG. Les parcs de STUTTGART Le Service des Espaces Verts de STUTTGART a été en Europe l’un des premiers à introduire la notion d’écologie dans l’entretien des Espaces Verts dès 1992.
Aujourd’hui, il est possible de dresser un bilan sur le chemin parcouru et les difficultés rencontrées. Il aura fallu 15 ans pour faire comprendre et accepter à la population cette nouvelle démarche et en faire admettre le bien fondé. Aujourd’hui dans les parcs de STUTTGART cohabitent des magnifiques parterres fleuris, de superbes collections de roses ou de plantes vivaces mais aussi des zones de prairies qui ne sont fauchées que deux fois l’an et qui ont permis la réintroduction de nombreux insectes et oiseaux. Le service mène également des expérimentations sur la végétalisation des toitures avec notamment des pelouses à sedums sur les pans de toiture au Sud et des graminés sur les pans au Nord.
A STUTTGART des efforts importants ont été réalisés pour que la notion des coulées vertes reliant les grands parcs de la ville ne soit plus une vue de l’esprit, le cheminement qui permet dans un cadre vert de passer d’un parc au suivant enjambe par des passerelles les grandes infrastructures routières ou ferroviaires grâce à la continuité des choix politiques sur plusieurs décennies.
Quelques chiffres :

– 425 ha dont le parc Killesberg 30 ha
– 70 fontaines et bassins
– 452 aires de jeux
– 34 500 arbres en alignement
– 55 500 arbres de parcs
– Cimetières 204 ha en 42 sites
– Espaces naturels protégés 142 ha
– Personnel espaces verts et cimetières : 602
– Production : 1 million de plantes/an.
40 000 m3/an de compost. 4 000 décorations florales/an

Une découverte de STUTTGART fort intéressante qui s’est terminée au musée du vin par la dégustation des meilleurs crus des coteaux du Neckar.
LE BUNDES GARTENSCHAU 2005 A MUNICH
Le vendredi 24 était consacré à la visite du BUNDES GARTENSCHAU de Munich. Sous la conduite de Manfred VIRGENS Président des Espaces Verts de Munich. Le parc de 130 ha a été créé sur le site de l’ancien aéroport de Munich au sein d’un nouveau quartier qui va accueillir 60 000
habitants. Depuis 1992 un nouvel aéroport a été créé. Le site dans son ensemble fait 600 ha et comprendra :

– 1 parc d’affaires : 40 000 emplois
– 1 zone d’habitation : 60 000 habitants
– 1 parc paysager.

Le projet s’inscrit dans un souci de permettre un contact permanent entre l’usager et l’espace vert. Le projet du parc a été élaboré pour Gilles VEXLARD, paysagiste français avec des allées linéaires très strictes et des grandes pelouses géométriques. Les usagers ont critiqué le parc car il n’y a pas beaucoup de massifs de fleurs.
En 1995, est prise la décision de faire sur ce site le BUNDES GARTENSCHAU en 2005.
En 1998, est créée la structure chargée d’organiser la manifestation. Le projet a pour ambition de :

– rendre la nature de plus en plus importante
– et l’homme de plus en plus petit dans un contexte de développement durable.

Coût : 24 millions d’Euros pour le parc, 3 millions de visiteurs sont attendus. Un deuxième concours
a été organisé pour définir les animations à mettre en place dans le cadre du BUNDES GARTENSCHAU. C’est la proposition du professeur SCHMIDT qui a été retenue. Ainsi, les animations ont été placées près des trois accès : Ouest, Est et Sud. Les décorations florales font l’objet de 21 renouvellements dans l’année 2005.

 

Plusieurs thèmes sont traités :

– le tapis de fleurs
– la beauté des plantes
– le jardin de feuilles
– les dahlias

L’ensemble des constructions du parc a été conçu par le même architecte. Le site est rigoureusement horizontal d’où l’idée de mettre en place une télécabine pour le voir d’en haut.
Dans la zone de transition des pelouse fleuries, de segetum, silène, dianthus, consoude… sur un terrain rocailleux sont du plus bel effet et conduisent notamment à un labyrinthe animé par des cris d’oiseaux et de batraciens. Plus loin, on découvre une oeuvre originale : le grand nid.
Dans une autre zone du parc nous découvrons une exposition de jardins pour habitat pavillonnaire et des présentations très élaborées pour les cimetières d’Outre-Rhin. Si la pierre domine dans les cimetières français, Outre-Rhin c’est le végétal qui est roi.
Un lac de 12 ha a été creusé sur le site, les visiteurs s’y baignent bien que les eaux ne soient pas certifiées eaux de baignade. LA REUNION DE TRAVAIL DE L’IFPRA. Cette réunion a permis de faire le point des activités de l’IFPRA entre le congrès mondial d’ Hamamatsu, le congrès asiatique
de Kuala Lumpur en septembre 2005 et le Congrès Européen d’ANNECY en septembre 2006.
Torgeir SORENSEN a redit son souhait de voir l’IFPRA se doter d’un fonctionnement plus démocratique et ce malgré les difficultés à modifier les statuts.
Certains ont émis le souhait que les votes des délégués nationaux soient pondérés en fonction du nombre d’adhérents de leur pays (à suivre). D’autres ont demandé et notamment pour le
Royaume-Uni un représentant pour l’Ecosse, pour le Pays de Galles, pour l’Irlande etc. Comme au football !
STUTTGART a également été l’occasion de faire le point sur l’avancement des préparatifs du Congrès d’ANNECY et notamment de motiver nos collègues Européens pour proposer des conférenciers de leurs pays et pour faire connaître à leurs collègues notre manifestation des 11-15
septembre 2005 à ANNECY et LYON. 18 collègues des différents pays européens étaient présents à STUTTGART. L’Europe du Sud n’était pas représentée (Italie, Espagne et Portugal).
Une visite du plus grand intérêt dans une ville précurseur dans le domaine de la gestion différenciée des espaces verts. Des contacts amicaux enrichissants, une ouverture sur l’Europe dans la langue de Goethe, de Shakespeare ou de Voltaire.
Le BUNDES GARTENSCHAU de Munich mérite plus qu’une visite d’une journée et fourmille d’idées en matière d’aménagement paysager. Avis aux amateurs, la Bavière ce n’est pas très loin !

Des forets urbaines authentiques

Le plan de gestion de la forêt de Chailluz sera proposé au Conseil Municipal d’Avril 2004. Le renouvellement d’un plan de gestion forestière (« aménagement forestier ») intervient tous les 20 ans environ.
C ‘est l’occasion de mettre en œuvre une démarche originale de concertation.

20 ans entre deux renouvellements peut paraître long. La première idée à intégrer est que le forestier travaille sur des cycles de renouvellement de 100 à 200 ans.
A l ‘échelle des temps forestiers, 20 ans est une période courte !

Le plan de gestion a par ailleurs pour objectif d’élaborer un programme d’actions qui prmette à la forêt de remplir durablement la multitude de fonctions qu’elle assume :

• fonctions écologiques ;
• fonctions de régulation climatique et de dépollution ;
• fonctions paysagères ;
• fonctions d’accueil du public ;
• fonctions sociales et économiques.

Tout l’enjeu est donc de rédiger un plan de gestion qui permette de garantir le maintien de ces fonctions sans qu’aucune ne vienne compromettre l’existence des autres (impact du public sur des milieux fragiles, impact des exploitations sur le paysage).
Un plan de gestion est approuvé par le propriétaire forestier (la Commune dans ce cas) sur les propositions de son gestionnaire.
Pour que les élus puissent se prononcer sur la qualité du plan de gestion toute une démarche est nécessaire.
La première phase d’un plan de gestion est la phase de bilan et d’état des lieux.
On dresse le bilan de la période précédente sur différents registres (la fonction d’accueil du public est elle réalisée à un niveau satisfaisant et supportable pour le milieu ? l’état sanitaire des peuplements est-il bon ?).
Ce bilan est ensuite présenté aux élus pour qu’ils puissent se faire une idée de la gestion de leur patrimoine forestier.
C’est l’occasion d’expliquer les nombreuses fonctions assumées par un massif forestier.

La deuxième phase est la définition d’objectifs de gestion par le propriétaire.
C’est une phase de concertation où le propriétaire choisit les axes sur lesquels il souhaite que la gestion forestière soit construite.
Pour la forêt de Chailluz, l’ONF a proposé différentes hypothèses de gestion allant des plus simples (scénarios où l’on privilégie une seule fonction) aux plus intégrées.
Cette démarche permet de dresser un tableau des avantages-inconvénients propres à chaque scénario.
Le propriétaire forestier peut alors puiser dans ces simulations pour en extraire les grandes idées du plan de gestion.

Pour la Ville de Besançon, les grands objectifs énoncés sont les suivants :

• ne pas favoriser la confusion entre espace vert urbain et espace forestier (ce n’est pas un espace exclusivement d’accueil) ;
• maintenir le niveau actuel d’équipements d’accueil du public mais en améliorant la signalétique ;
• pratiquer une gestion forestière adaptée (futaie jardinée feuillue) dans les secteurs les plus fréquentés (concilier accueil du public et production forestière) ;
• pratiquer une gestion forestière adaptée dans les milieux fragiles ou rares (contexte écologique rigoureux de la Côte de Chailluz, lapiaz, création d’îlots de vieillissement) ;
• poursuivre le renouvellement forestier exigé par l’état sanitaire moyen des
chênes.

Enfin la Ville de Besançon a souhaité que ce projet soit présenté à la population avant sa rédaction finale.
Toute la démarche de conception et de concertation a donc été expliquée lors d’une réunion publique, ce qui est assez inhabituel.

La dernière phase est celle de la rédaction. C’est la traduction des objectifs énoncés par le propriétaire en programme d’actions organisées dans le temps et dans l’espace.

La conception d’un plan de gestion forestière est donc intéressante à plusieurs titres.
D’abord l’objet même de la réflexion est inhabituel : des échelles de temps peu utilisées, une multitude de fonctions fondamentales à la vie terrestre.
C’est ensuite la démarche qui est passionnante : concertation et projection dans le temps pour imaginer un document qui serve de cadre dans un environnement (social, politique, climatique…) en perpétuelle évolution, mais qui dispose de la souplesse nécessaire pour laisser le milieu s’adapter à des variations brutales (tempêtes et sécheresse, crises de l’énergie et chauffage bois).